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La relation avec l’écrit est souvent source de souffrance chez des personnes en insertion ayant un faible niveau scolaire et devant se mettre à niveau pour entreprendre une formation. L’accompagnement de ces personnes va les aider à distinguer ce qui est de l’ordre :
d’une approche pédagogique qui ne leur correspond pas,
d’un manque de motivation car elles n’en voient pas l’utilité,
d’un manque d’estime et de confiance en soi,
de leur histoire et d’un éventuel sentiment de culpabilité ou de colère. Il arrive que des troubles de l’apprentissage soient davantage liés à des problèmes familiaux qu’à une réelle incapacité à apprendre. Pour apprendre, il faut accepter d’intégrer des éléments qui viennent de l’extérieur. Si l’environnement est ou a été source de traumatisme pour l’enfant, il peut y avoir des blocages dans l’apprentissage qui correspondent en fait à un mécanisme de défense. L’accompagnement en insertion ne doit pas devenir une forme de thérapie « sauvage » mais, pour certaines personnes, il sera intéressant de prendre conscience que leur valeur n’est pas fonction de leur réussite scolaire.
L’atelier d’écriture propose de changer sa relation par rapport à l’écrit. Il s’agît de (re) trouver du plaisir à jouer, à s’amuser ensemble mais avec un support inattendu : les mots. Une meilleure relation à l’écrit peut changer une vie professionnelle.
La présentation de l’atelier
Il est essentiel de préciser que :
Le but n’est pas de juger telle ou telle personne à partir de ce qu’elle aura écrit,
Il pourra y avoir des réactions lors d’un tour de table sur les écrits de chacun. Ces réactions porteront d’avantage sur un ressenti en parlant à la première personne du singulier que sur un jugement de l’autre. Les stagiaires sont invités à utiliser le « je » plutôt que le « tu » même s’il est plus difficile de parler en son nom propre
Les choses les plus simples sont souvent les plus belles. Il ne s’agît pas d’essayer de faire de grandes phrases.
Voici quelques suggestions pouvant servir à la production d’écrits :
Plus l’animateur aimera lui-même jouer avec les mots et avec les ambiances pouvant s’y rattacher, plus il pourra créer un climat propice au développement de ce plaisir. Il peut être sympathique de commencer l’atelier en racontant un conte ou à partir d’un texte de Raymond Devos par exemple.
La peur de faire des fautes peut supprimer le plaisir d’écrire. Il est possible dans une première approche de volontairement ne pas accorder d’importance aux fautes et de se concentrer sur des sonorités, des ambiances et sur le sens du texte.
L’animateur commence par raconter quelques anecdotes simples en commençant toujours par : « Je me souviens... ». Puis les stagiaires sont invités individuellement par écrit à faire de même. Vient ensuite le temps d’un tour de table.
A partir d’une chanson que le stagiaire apprécie particulièrement, le but va être de changer les paroles. Il peut-être amusant par exemple de reprendre une chanson en Anglais et de remplacer les paroles par des mots en lien avec le lieu où habite le participant.
Chaque stagiaire choisit un objet et se met à le faire parler. Pour que cet exercice réussisse, il est intéressant que l’animateur puisse faire des petits sketches en donnant quelques exemples.
Travailler des règles de grammaire en essayant de trouver des moyens mnemo-techniques qui s’inspirent de petites histoires amusantes voir loufoques. Les apports de la PNL seront intéressants pour voir si un stagiaire est plutôt visuel, auditif ou kinesthésique.
Réaliser des dessins uniquement en associant des mots dans l’espace. Par exemple, le stagiaire dessine une voiture sans utiliser de trait mais en plaçant des mots qui ont un rapport avec cet objet.
A partir d’une liste des principaux suffixes et préfixes d’origine grecques et latines les plus utilisés dans le langage courant, inventer des petites histoires.
Le jeu du bouchon consiste à poser des questions à des personnes autour d’une table. Si un participant à une idée de la signification d’un mot, il prend le bouchon et répond. Si la réponse est juste, il marque un point, si la réponse est fausse , il remet le bouchon au milieu de la table.
Les particularités locales dans l’usage ou dans la construction de certains mots patoisants sont souvent truculentes que ce soit en France ou au Québec par exemple. En Haute-Loire, "comment ça va" se dit en patois « como quo vaï »
Raconter une histoire en découpant des mots ou des phrases dans un journal et en y associant des photos pour créer une bande dessinée.
Aller rencontrer des personnes âgées et leur demander de raconter des souvenirs puis rédiger un petit article
Avec des dictionnaires :
Il existe des dictionnaires de rimes qui permettent de trouver facilement une rime à un mot. Le groupe pourra d’abord chercher des rimes puis dans un deuxième temps essayer de respecter le nombre de pieds de chaque vers, ce qui est nettement plus difficile.
Montrer à partir d’un dictionnaire d’étymologie comment certains mots ont évolué dans le temps tant au niveau de leur forme que de leur sens.
L’animateur choisit un mot dans le dictionnaire dont le sens n’est pas connu des participants. Le but va consister à chercher un sens à ce mot soit en s’inspirant de certaines parties du mot, soit en partant sur tout à fait autre chose.
En lien avec des médias :
Le groupe ou à défaut, l’animateur choisit un extrait en vidéo ou en DVD d’un spectacle comique ou d’un film amusant. Le groupe cherche à analyser les mécanismes qui vont produire des effets humoristiques (comme par exemple le décalage entre le personnage et le contexte dans lequel il évolue). Le groupe va ensuite analyser certains ressorts humoristiques et les appliquer dans d’autres contextes.
Participer à un forum sur Internet à partir d’un sujet qui tient à cœur aux stagiaires
Réaliser un blog (sorte de journal plus ou moins personnel publiable très facilement sur Internet. Le journal peut être collectif dans un premier temps.
La visite d’une bibliothèque contenant de très vieux livres.
Le plaidoyer de l’avocat : à partir d’un fait divers dans un journal, chacun écrit un texte pour défendre l’accusé. Ce peut être aussi d’imaginer une histoire essayant de justifier le non-paiement du parcmètre lors du stationnement de sa voiture.
Publier un article dans la presse locale est très valorisant.
Préparer un petit sujet pour une radio locale.
Utiliser des beaux papiers épais de forme et de couleurs très différentes avec des plumes d’oiseaux pour écrire des petites phrases. Sortir du format classique A4 pour découvrir d’autres formes de présentation.
À la fin des séances, faire une présentation originale des écrits de chacun avec une reliure utilisant des matériaux très variés (cartons, bois, feuilles séchées recouvertes d’un film protecteur...)
À partir d’une photo, écrire une histoire : que s’est-il passé avant et après la prise de la photo ?
Pour ma part, j’ai pu constater que même pour une personne ayant des difficultés importantes avec l’écrit, un accompagnement chaleureux et ludique dans un groupe peut permettre de reprendre confiance et de ressentir joie et fierté au regard de ses écrits. Cette démarche est d’autant plus importante que certains hypothèquent leur avenir en refusant de reprendre des études à cause uniquement d’un blocage avec l’écrit.
Paul Roy
Quelques sites :
http://www.textes.net/html/faire_ec...avec un parallèle entre le travail de l’ébéniste et l’animation d’un atelier d’écriture
http://ecrits-vains.com/atelier/dec... où il est question du marchand de botte de sept lieues dans un texte très humoristique.
http://ecrits-vains.com/atelier/ate... présente des textes et des thèmes pour des ateliers. |